ultime souper
C’est la fin de l’année universitaire, scolaire, professionnelle…Alors les fêtes s’enchaînent et c’est dur de choisir entre les soirées de l’ambassadeur et celles de la coupe du monde ! Alors, entre deux beuglements devant l’écran géant d’un bar, on se dit adieu pour ceux qui ne se reverront plus ou on se dit à la prochaine en sachant très bien qu’on ne se reverra pas.
Vendredi soir c’était l’ultime souper barbecue avec les collègues et vraiment je regrette de ne pas avoir de caméra. Un de mes chefs boitait après avoir cassé des bouts de bois pour le barbecue et après 3 heures d’apéro il était vraiment très mignon. Un autre a pété ses lunettes en jouant au foot et les deux faisant la paire les blagues fusaient pendant tout le long repas. Avec Laure, on était placé à côté et on a bien cru mourir de rire. Il faut dire que pour Laure c’était la première fois qu’elle les voyait dans ce contexte, très différent des jours de travail ! Ça s’est un peu emballé quand JP a balancé a une jeune prof de français qu’elle était super bien gaulée. Une débauche de gars grivois s’est libérée dans la soirée surtout avec l’ivresse de Christelle qui, tellement heureuse d’avoir obtenu son concours de professeur des écoles, a bu plus que son habitude ne le permet et quand elle a entrepris de faire le café, on la voyait de loin dans la salle du foyer morte de rire un pied contre le mur pendant que JP, qui devait probablement chercher la cafetière à côté de son nez, paraissait faire le DJ frottant les platines…
La fin a été un peu rude car un ouvrier du lycée, Michel l’ancien a ramené de l’alcool de prune. Je me suis remémoré la fois ou un pote en avait piqué à son grand-père et mon estomac averti a juste permis à ma langue de s’y tremper 2 secondes. Mais JP ne s’est pas assez méfié et après un temps d’arrêt, il nous a confirmé, le regard hagard, que c’était bien une boisson d’homme, voir de barbare. C’est sûr que c’est le genre de boisson qui explose les neurones, les disperse en tous sens, et les restitue façon puzzle…
Au travail il faut toujours une tête de turc, celle ou celui qui mange pour tout le monde et ce soir-là c’était lui. Il a fait l’erreur de dire à tout le monde qu’il avait vendu sa Ford K côté 2300 euros à l’argus pour 700 euros, avec le plein et le contrôle technique. Personnellement je n’y connais rien mais d’autres ont failli l’étrangler quand ils sont appris ça. Dire que cet homme est muté dans un lycée professionnel très côté spécialisé dans le commerce…ça promet pour un tel spécialiste des enchères !
Mais c’est un véritable aîné pour moi et nous déménageons dans la même ville bientôt en conduite alternée…alors je lui ai promis de l’emmener au squash, mais il m’a dit que le seul sport qu’il se sentait apte à pratiquer était celui de passer d’une terrasse de bar à une autre en compétition « happy hour ». En tous cas il m’a fait une magnifique lettre de recommandation dans laquelle j’ai « fait montre d’une grande valeur professionnelle et s’est avéré être un collaborateur indispensable » ; il faut dire que « sa ponctualité exemplaire, son sens de l’initiative, son respect des contraintes professionnelles » je garde le il de la lettre que je considère comme le « il » de majesté. Allez encore une pour le plaisir : « a montré qu’il savait travailler tant dans le cadre d’une équipe qu’en autonomie, et cela avec la même efficacité […] Ses qualités d’adaptation, sa grande disponibilité furent particulièrement appréciés […] c’est avec beaucoup de regrets que nous nous séparons de lui car il aura été un élément moteur déterminant... »
Tout ça pour que je l’aide à déménager…ça frôle la corruption…
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