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Quand je suis arrivé au Japon je tentais tant bien que mal de donner des cours privés en attendant de trouver un job plus lucratif que celui que j'avais à ce moment-là. mais peu expérimenté dans ce genre de leçon privée, je ne me sentais pas très à l'aise. Et puis, en acquérant de l'éxpérience avec un public japonais, j'ai commencé à donner des cours plus éfficaces en dehors de mon emploi régulier. J'avais déjà entendu dire que ce genre de cours particulier était l'occasion de rencontrer des gens un peu "bizarres" parfois mais je dirais plutôt qu'on rencontre de tout. En général, il s'agit de jeunes gens qui projettent de voyager en France dans le cadre d'un working holliday ou autre, qui apprennent seuls mais qui ont besoin de correction et de communication en situation presque réelle. je ne prenais pas bien cher de l'heure et ça me permettait d'arrondir les fins de mois comme on dit. J'ai continué mais à très petite dose car les quelques étudiants que j'ai rencontré ainsi sont partis quelques temps après en France. Certains étaient super motivés et s'enfilaient des conjugaisons et des listes de vocabulaire en plus du boulot. Il n' y avait plus qu'à remettre en place les formulations mal ficelées et corroger la prononciation ainsi que la lecture qui ne sont pas une partie de plaisir au pays des katakana et du découpage syllabique des mots...
Donc, contre toute mise en garde de vétérans de la leçon d'anglais ou de français au café ou à domicile, j'avais rencontré des gens sympas et pas bizarres.Qu'est-ce-que la normalité vous me direz...je ne sais pas mais c'est quand il y a un malaise qu'on peut prendre le concept de "normalité" comme référence. Bref, le malaise je l'ai récemment senti avec une dame d'une quarantaine d'années qui m'a donc contacté pour un cours privé. j'oublie de préciser qu'entre temps j'ai augmenté le tarif et le standing des étudiants s'est apparemment élévé au passage. A vrai dire ça faisait longtemps que je n'avais pas donné de cours privés car pas très à l'affut d'une part et francophone d'autres part, donc moins recherché qu'une amie anglophone par exemple qui fait ce job d'appoint. elle est passée me prendre à sa gare en voiture et on est allé dans un café pas loin. Très sympa et dynamique, elle parlait sans discontinuité et je me demander si elle voulait réellement d'une leçon avec un "prof" qui la corrige etc. mais j'avoue que c'était aussi intéressant de l'écouter, je veux dire qu'elle empruntait un accent français digne d'une star hollywoodienne avec une voix sensuelle et typiquement caricaturale de l'accent français chez les japonais. En plus elle mixait tout ça avec plein de termes anglais et au bout d'un moment je ne savais plus si il fallait que j'intervienne en anglais ou en français...C'est quand je lui ai demandé pourquoi elle voulait une leçon de français que tout a basculé dans le mélodrame romanesque. Je n'aurais jamais du poser cette question. A partir de là il a fallu que j'encaisse un long monologue sur sa vie sentimentale avec moult rebondissements. Je ne sais plus combien d'anglais et de français elle a rencontré dans sa vie mais j'ai eu droit quasiment au détail de chaque rencontre. Il faut dire qu'elle fait des allers-retours entre Londres et tokyo dans le cadre de son boulot, un poste haut gradé dans sa boîte. Le premier était artiste et pétait les plombs au supermarché car il trouvait cette activité peu digne de lui. Un autre était propriétaire terrien et ne pensait qu'à gérer ses terres, en dehors des nuits endiablées qu'ils avaient ensemble. Un autre était français et lui tapait des crises de jalousie jusqu'à vouloir casser la gueule à un de ses collègues...Un autre encore était français mais rencontré à paris cette fois et il voulait se marier avec elle au bout de 2 mois. ce dernier était d'ailleurs venu lui rendre visite à Tokyo récemment mais le fait de se sentir étranger au Japon le rendait mélancolique et il pleurait tout le temps. dénominateur commun de toutes ces conquêtes: 15 ans de moins qu'elle en moyenne à chaque fois. Rien à redire et on peut aisément comprendre ce désir de chair fraîche, mais ça ressemblait tristement à une quête de l'éternelle jeunesse. Où s'arrête la réalité, où commence la mythomanie? une question à laquelle je ne pus trouver de réponse, même en fixant de temps à autre ma tasse de café.
Et puis son téléphone a sonné, ce qui me permis d'aller faire un tour aux toilettes de me rafraichir d'un bon jet d'eau froide et d'éviter pendant 5 minutes son rire hystérique. Quand je revins à ma place, elle me fit savoir qu'il fallait absolument qu'elle se rende à son domicile non loin de là pour réceptionner une livraison de riz. ça parait un peu farfelu mais on achète souvent le riz par grande quantité pour le long terme, genre le sac de 10 kilos. On est donc parti chez elle et on a continué la conversation dans la voiture. c'est là que j'appris qu'elle venait d'une riche famille et qu chez elle, on allait pas acheter le riz au supermarché comme n'importe quel citoyen du peuple, mais qu'ele faisait venir son riz de très loin. Le parfum diffusé dans la voiture commençait à me filer la nausée mais heureusement on est arrivé rapidement. le livreur était bien là et je la vis débourser plus de 10000 yens pour son colis de 10 kg. Je l'aidai à rentrer le colis chez elle et en rentrant je remarquai son portrait qui trônait à l'entrée. elle me fit savoir qu'elle l'avait fait réaliser à Londres par un peintre professionnel. A peine avais-je tourné la tête que j'en apercevasi un autre et puis une photo en kimono encadrée dans un coin, et puis une autre...Il y avait son portrait accroché partout dans la maison. Le plan commençant à devenir légèrement glauque, je m'empressai de déguerpir et de l'attendre dehors. On reprit la voiture et pour changer un peu le thème de conversation j'évoquai le "minna no nihongo" (bouquin pour étudier le japonais) que j'avais aperçu sur le comptoir de sa cuisine. Elle me répondit que c'était quand son dernier copain français était venu qu'elle l'avait acheté pour lui enseigner sa langue. J'évoquai alors différents points de cette méthode histoire d'éviter de retomber dans le feuilleton de son éxistence. Elle me dit qu'elle était une très bonne prof et qu'elle pourrait, pourquoi pas, me faire une démonstration un de ces jours. Je me cramponai à mon siège.
En guise d'épilogue elle me dit que son père l'avait marié de force, quand elle avait 25 ans, à un japonais de bonne famille qui avait accepté de prendre le nom de son épouse. Elle avait demandé le divorce peu après sans jamais avoir eu de relation avec son mari. Depuis, elle avait décidé de prendre sa vie en main et de choisir l'homme qui lui plaisait. mais depuis, toutes ces aventures amoureuses avaient été trop compliquées et, tout en voulant trouver le pur amour, elle recherchait la sérénité...J'arrivai enfin à la gare, la remerciai et pris mon train.
communauté : Japon
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